CHAPITRE II_ Terroriste Ardent.
Laar marchait d'un pas rapide dans les rues pavées de Carlotta. Son visage était caché par une capuche noire qui cachait ses yeux rouges d'exitation, et sa cape voletait derrière lui, recouvrant ses deux grandes ailes membraneuses. Il tenait sous son bras un paquet plutôt suspect : comme une boule de cristal grossièrement recouverte de papier craft, grosse comme un melon et qui semblait assez fragile - ou du moins à ne pas remuer trop fort.
Elle n'était pas très maligne, l'idée de Saraka, de l'envoyer lui pour la mission. Il ne passait pas incognito avec ses grandes ailes sous sa cape, et si la milice pouvait aussi bien le prendre pour un ange, le stratagème ne marchait pas sur tous les passants. Bien sûr il était le seul démon ardent du groupe. Donc l'unique à pouvoir enclencher la bombe à distance, pourvu qu'elle entrât dans son champ visuel.
Déjà autour de lui on commençait à murmurer, à se retourner sur son passage. S'il restait dans la rue commerçante, il risquait de s'attirer la milice, ce qui serait pour le compte beaucoup plus embêtant. Le démon s'efforça de prendre l'air le plus décontracté qui soit. A côté de lui, une petite fille aux boucles blondes observait fixement la queue de diable mal cachée par la cape. Laar lui fit un clin d'oeil et lui tira la lange, à sa grande stupéfaction. Soudain, une bourrasque souleva l'étoffe noire, révélant les puissantes ailes rouges, puis tout alla très vite. Les cris de panique des gens, les ordres lancés par une patrouille de milice qui montait la garde non loin de là...
Calant son paquet sous le bras, le démon se fraya un chemin à travers la foule desordonnée le plus vite possible. Il fallait passer au plan B. Les gardes de Carlotta sur les talons, il compta les boutiques en courant, et, arrivé à l'échoppe du forgeron Cestor, bifurqua dans une étroite et sombre ruelle qui partait sur sa gauche. Il sauta aisemment un haut mur qui la transformait en cul de sac, et se laissa tomber de l'autre côté, sur un chemin pavé entre deux rangées de maisons serrées. Il continua alors sa route, serrant de plus belle le paquet contre son torse et accelérant le pas, à présent tiré d'affaire. Après le bureau des Milices, le Palais des Conseils et la Bibliothèque, il visait l'ultime objectif : la Chambre Pourpre. La ruelle dans laquelle il était menait directement sur la place de la fontaine de granit, son ancienne demeure, qu'il avait dû quitter suite au bannissement des démon de Carlotta. A présent la place avait été agrandie, et un majestueux temple blanc y trônait : la fameuse Chambre Pourpre, l'assemblée de tous les sénateurs Twotfiens, le siège du pouvoir.
Le sang de Laar se glaça quand il entendit distinctement derrière lui un second écho régulier : quelqu'un le suivait dans la ruelle. Il se retourna, et fit face au fouineur qui lui collait aux basques. Celui-ci avait aussi une capuche sur la tête, et était enveloppé d'une longue cape rouge foncé qui traînait sur le sol derrière lui, révèlant une silhouette carrée. Laar l'observa de loin, il ne pouvait parvenir à déterminer l'identité du personnage, qui s'était à son tour arrêté pour le toiser. Puis, finalement, au bout de quelques instants, il avança les mains vers sa tête et abaissa sa capuche, découvrant un visage masculin : un cou de taureau, les joues creuses, un nez fin et droit, des yeux d'un gris froid, l'arcade recousue et le crâne rasé, recouvert sur la tempe droite de tatouages tribaux.
- N'avance pas, Laar, et remets-moi cette bombe. Fais-la gentilment rouler jusqu'à moi, et tout ira bien.
Un rictus de haine se dessina sur les minces lèvres de Laar, et ses yeux sang flamboyèrent. Il serra encore un peu plus la sphère contre lui et lança :
- Crois-tu pouvoir m'arrêter, Melkhar ? Tu n'es pas assez puissant. Je suis envoyé par Saraka, si tu m'attaques, tu sais ce qu'il arrivera à ton clan.
- Pauvre petit Laar, répondit ledit Melkhar, que crois-tu ? Je suis envoyé pour t'éviter de faire sauter ce bâtiment. Si tu le fais, des mesures draconiennes seront prises contre Pyrathia, et ce sera la fin de tout. ce n'est pas à ton clan de décider de notre sort...
- ... Et nous décidons du notre ! le coupa Laar d'un ton sec. Vous êtes des lâches qui profitez de la situation pour vous arranger avec les milices. Vous tuez une brigade par ci, vous leur livrez un démon par là, et tout le monde est content ! Nous ne partageons pas les mêmes opinions, nous n'avons pas les mêmes intérêts... Vois-tu, tout est une question de principe.
A son tour, Laar baissa sa capuche pour mieux regarder son ennemi, toujours debout à quelques dizaines de mètres devant lui. Il révéla des yeux plus rouges que jamais, une fine bouche aux longues canines blanches et un catogan de cheveux bruns d'où sortaient deux cornes recourbées sur elles-mêmes. Melkhar eut un sourire haineux en voyant le visage du démon. Il ne l'avait jamais encore affronté en personne, mais avait déjà pu assister à certains de ses combats, qui s'étaient révélés assez impressionnants du point de vue technique et puissance, et qui tous s'étaient soldés par la mort d'un membre de son clan. Peut-être ce jour là était-il pour lui une chance de prendre sa revanche sur ce petit démon qui mesurait bien une tête de moins que lui.
L'air blasé, Laar fit volte face et continua son chemin à travers la ruelle. Il n'allait pas arrêter sa quête sous prétexte qu'un demi démon du clan opposé se mêlait de choses qui ne le regardaient pas.
Soudain, le sol trembla par coups sourds. Laar bondit de côté juste à temps, évitant ainsi un énorme poing qui alla finir dans le mur d'en face, réduisant quelques briques à l'état de poussière. Melkhar était furieux, il avait enlevé sa cape et se tenait à présent torse nu, révélant un mètre et demi d'épaules, des pectoraux impressionnants et une musculature hyper développée. Jetant à son tour sa cape, Laar exécuta un salto arrière, évitant une nouvelle frappe, et rattrapa son saut aux colombages d'une fenêtre aux volets fermés. Lui aussi torse nu, il était certes moins imposant que le colosse, mais tout de même bien entraîné, et portait un large corsaire de toile grossière qui lui permettait une certaine aisance de ses mouvements.
Il lança une boule de feu venue de nulle part sur son ennemi, et, profitant de cette diversion, se laissa retomber dans l'allée et se mit à courir vers le bout de la ruelle. Déjà il entendait les pas lourds de son assaillants sur ses talons. Il accéléra.
Il déboucha dans la place bondée à cette heure avancée de la soirée, où toutes les familles fortunées elfiques et humaines venaient prendre leur dîner au très réputé "restaurant des lucioles". Des tables et des chaises étaient disposées jusqu'au coeur de la place, éclairées aux chandelles, et un petit orchestre jouait un air calme, troublant à peine les rires et les éclats des conversations.
Laar fit une pirouette magistrale avant d'atterrir sur la statue de la succube en granit de la fontaine du centre de la place, et eut à peine le temps de voir Melkhar arriver sur lui à toute vitesse. Celui-ci lui rentra dedans, et ils tombèrent tous les deux, écrasant une table. Tous les bourgeois qui dînaient là turent leurs conversations pour assister à cette étrange scène. Le titan attrapa Laar par les épaules, et l'envoya se fracasser contre les tables voisines, reversant assiettes et plats délicats dans sa chute. Le démon se releva avec peine, empêtré dans les nappes, et envoya son poing dans la figure de son ennemi. Soudain, il se rendit compte qu'il n'avait plus la boule transparente, et ce moment d'inatention lui fut fatal. Melkhar le reprit, cette fois par les ailes, et le lança contre les marches immaculées du temple de la Chambre Pourpre. Le temps pour Laar de se redresser et de cracher son sang, le colosse était sur lui. Il encaissa un violent coup de genou dans le ventre, toujours étendu à terre, et bientôt plaqué.
Laar étouffait sous le poids de Melkhar qui devait bien être trois fois plus lourd que lui. Il tourna la tête de côté afin d'éviter un coup de poing qui alla briser une marche blanche, et essaya de libérer son bras coincé sous la cuisse de son agresseur. Soudain, il sentit une énorme main se glisser sous son cou et serrer. Alors qu'il commençait à prendre connaissance, son regard s'arrêta sur la sphère toujours enveloppée dans son papier craft, et qui avait roulé à quelques mètres de là.
C'était sa dernière chance.
Il fixa la sphère, et elle explosa.
Elle n'était pas très maligne, l'idée de Saraka, de l'envoyer lui pour la mission. Il ne passait pas incognito avec ses grandes ailes sous sa cape, et si la milice pouvait aussi bien le prendre pour un ange, le stratagème ne marchait pas sur tous les passants. Bien sûr il était le seul démon ardent du groupe. Donc l'unique à pouvoir enclencher la bombe à distance, pourvu qu'elle entrât dans son champ visuel.
Déjà autour de lui on commençait à murmurer, à se retourner sur son passage. S'il restait dans la rue commerçante, il risquait de s'attirer la milice, ce qui serait pour le compte beaucoup plus embêtant. Le démon s'efforça de prendre l'air le plus décontracté qui soit. A côté de lui, une petite fille aux boucles blondes observait fixement la queue de diable mal cachée par la cape. Laar lui fit un clin d'oeil et lui tira la lange, à sa grande stupéfaction. Soudain, une bourrasque souleva l'étoffe noire, révélant les puissantes ailes rouges, puis tout alla très vite. Les cris de panique des gens, les ordres lancés par une patrouille de milice qui montait la garde non loin de là...
Calant son paquet sous le bras, le démon se fraya un chemin à travers la foule desordonnée le plus vite possible. Il fallait passer au plan B. Les gardes de Carlotta sur les talons, il compta les boutiques en courant, et, arrivé à l'échoppe du forgeron Cestor, bifurqua dans une étroite et sombre ruelle qui partait sur sa gauche. Il sauta aisemment un haut mur qui la transformait en cul de sac, et se laissa tomber de l'autre côté, sur un chemin pavé entre deux rangées de maisons serrées. Il continua alors sa route, serrant de plus belle le paquet contre son torse et accelérant le pas, à présent tiré d'affaire. Après le bureau des Milices, le Palais des Conseils et la Bibliothèque, il visait l'ultime objectif : la Chambre Pourpre. La ruelle dans laquelle il était menait directement sur la place de la fontaine de granit, son ancienne demeure, qu'il avait dû quitter suite au bannissement des démon de Carlotta. A présent la place avait été agrandie, et un majestueux temple blanc y trônait : la fameuse Chambre Pourpre, l'assemblée de tous les sénateurs Twotfiens, le siège du pouvoir.
Le sang de Laar se glaça quand il entendit distinctement derrière lui un second écho régulier : quelqu'un le suivait dans la ruelle. Il se retourna, et fit face au fouineur qui lui collait aux basques. Celui-ci avait aussi une capuche sur la tête, et était enveloppé d'une longue cape rouge foncé qui traînait sur le sol derrière lui, révèlant une silhouette carrée. Laar l'observa de loin, il ne pouvait parvenir à déterminer l'identité du personnage, qui s'était à son tour arrêté pour le toiser. Puis, finalement, au bout de quelques instants, il avança les mains vers sa tête et abaissa sa capuche, découvrant un visage masculin : un cou de taureau, les joues creuses, un nez fin et droit, des yeux d'un gris froid, l'arcade recousue et le crâne rasé, recouvert sur la tempe droite de tatouages tribaux.
- N'avance pas, Laar, et remets-moi cette bombe. Fais-la gentilment rouler jusqu'à moi, et tout ira bien.
Un rictus de haine se dessina sur les minces lèvres de Laar, et ses yeux sang flamboyèrent. Il serra encore un peu plus la sphère contre lui et lança :
- Crois-tu pouvoir m'arrêter, Melkhar ? Tu n'es pas assez puissant. Je suis envoyé par Saraka, si tu m'attaques, tu sais ce qu'il arrivera à ton clan.
- Pauvre petit Laar, répondit ledit Melkhar, que crois-tu ? Je suis envoyé pour t'éviter de faire sauter ce bâtiment. Si tu le fais, des mesures draconiennes seront prises contre Pyrathia, et ce sera la fin de tout. ce n'est pas à ton clan de décider de notre sort...
- ... Et nous décidons du notre ! le coupa Laar d'un ton sec. Vous êtes des lâches qui profitez de la situation pour vous arranger avec les milices. Vous tuez une brigade par ci, vous leur livrez un démon par là, et tout le monde est content ! Nous ne partageons pas les mêmes opinions, nous n'avons pas les mêmes intérêts... Vois-tu, tout est une question de principe.
A son tour, Laar baissa sa capuche pour mieux regarder son ennemi, toujours debout à quelques dizaines de mètres devant lui. Il révéla des yeux plus rouges que jamais, une fine bouche aux longues canines blanches et un catogan de cheveux bruns d'où sortaient deux cornes recourbées sur elles-mêmes. Melkhar eut un sourire haineux en voyant le visage du démon. Il ne l'avait jamais encore affronté en personne, mais avait déjà pu assister à certains de ses combats, qui s'étaient révélés assez impressionnants du point de vue technique et puissance, et qui tous s'étaient soldés par la mort d'un membre de son clan. Peut-être ce jour là était-il pour lui une chance de prendre sa revanche sur ce petit démon qui mesurait bien une tête de moins que lui.
L'air blasé, Laar fit volte face et continua son chemin à travers la ruelle. Il n'allait pas arrêter sa quête sous prétexte qu'un demi démon du clan opposé se mêlait de choses qui ne le regardaient pas.
Soudain, le sol trembla par coups sourds. Laar bondit de côté juste à temps, évitant ainsi un énorme poing qui alla finir dans le mur d'en face, réduisant quelques briques à l'état de poussière. Melkhar était furieux, il avait enlevé sa cape et se tenait à présent torse nu, révélant un mètre et demi d'épaules, des pectoraux impressionnants et une musculature hyper développée. Jetant à son tour sa cape, Laar exécuta un salto arrière, évitant une nouvelle frappe, et rattrapa son saut aux colombages d'une fenêtre aux volets fermés. Lui aussi torse nu, il était certes moins imposant que le colosse, mais tout de même bien entraîné, et portait un large corsaire de toile grossière qui lui permettait une certaine aisance de ses mouvements.
Il lança une boule de feu venue de nulle part sur son ennemi, et, profitant de cette diversion, se laissa retomber dans l'allée et se mit à courir vers le bout de la ruelle. Déjà il entendait les pas lourds de son assaillants sur ses talons. Il accéléra.
Il déboucha dans la place bondée à cette heure avancée de la soirée, où toutes les familles fortunées elfiques et humaines venaient prendre leur dîner au très réputé "restaurant des lucioles". Des tables et des chaises étaient disposées jusqu'au coeur de la place, éclairées aux chandelles, et un petit orchestre jouait un air calme, troublant à peine les rires et les éclats des conversations.
Laar fit une pirouette magistrale avant d'atterrir sur la statue de la succube en granit de la fontaine du centre de la place, et eut à peine le temps de voir Melkhar arriver sur lui à toute vitesse. Celui-ci lui rentra dedans, et ils tombèrent tous les deux, écrasant une table. Tous les bourgeois qui dînaient là turent leurs conversations pour assister à cette étrange scène. Le titan attrapa Laar par les épaules, et l'envoya se fracasser contre les tables voisines, reversant assiettes et plats délicats dans sa chute. Le démon se releva avec peine, empêtré dans les nappes, et envoya son poing dans la figure de son ennemi. Soudain, il se rendit compte qu'il n'avait plus la boule transparente, et ce moment d'inatention lui fut fatal. Melkhar le reprit, cette fois par les ailes, et le lança contre les marches immaculées du temple de la Chambre Pourpre. Le temps pour Laar de se redresser et de cracher son sang, le colosse était sur lui. Il encaissa un violent coup de genou dans le ventre, toujours étendu à terre, et bientôt plaqué.
Laar étouffait sous le poids de Melkhar qui devait bien être trois fois plus lourd que lui. Il tourna la tête de côté afin d'éviter un coup de poing qui alla briser une marche blanche, et essaya de libérer son bras coincé sous la cuisse de son agresseur. Soudain, il sentit une énorme main se glisser sous son cou et serrer. Alors qu'il commençait à prendre connaissance, son regard s'arrêta sur la sphère toujours enveloppée dans son papier craft, et qui avait roulé à quelques mètres de là.
C'était sa dernière chance.
Il fixa la sphère, et elle explosa.
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