CHAPITRE I_ Le Gardien.
- Comment ça, encore une attaque ? Je croyais que ce problème était réglé depuis bien longtemps !
Adüstyo s'enfonça encore un peu plus dans son fauteuil et se massa les tempes pensivement. Le soleil se couchait à peine à l'horizon, et depuis la première heure du matin il avait enchaîné conseils sur assemblées, plus assomantes les unes que les autres. Mais être le gardien de Twotf impliquatait qu'il fallait savoir participer à la vie de l'Etat.
Le jeune elfe, du haut de ses cent-cinquante ans, entammait en effet son second mandat consécutif, ce qui faisait de lui le gardien pour encore trois années. Aurait-il pu déterminé si c'était la chance ou le destin qui l'avait voulu ? Simplement que le peuple Twotfien avait confiance en lui dans cette periode de trouble, ironie du sol pour une personne qui justement ne pouvait vivre complètement seule. En effet, Adüstyo avait été blessé lors d'un duel une quarantaine d'années de cela, et y avait perdu la vue, à son grand desespoir. Il avait failli y passer, mais s'était remis au bout de quelques mois, prêt à entammer une nouvelle vie. Avec les ans, ses autres sens, perfectionnés du fait de sa race, s'étaient encore aiguisés, et il était devenu un membre irremplacable pour les rebelles, qui avaient su transformer son hadicap en atout d'espionnage ; quelques années plus tard, le pouvoir fut renversé, et tomba avec lui la dernière des princesses de la lignée de Crystal, mettant ainsi un terme a plusieurs siècles de monarchie - certes pendant un temps constitutionelle. L'aire de la démocratie pouvait alors débuter à Twotf, et un nouvel élan d'éspoir avait soufflé sur la contrée. Yvan, le chef des rebelles de l'époque ayant mené la révolution, fut élu Gardien de Twotf, le plus haut poste du pouvoir. L'humain décéda de sa belle mort au cours de son troisième mandat, et Adüstyo fut élu à son tour. Les gens semblaient avoir foi en cet étrange elfe, qui ne ressemblait pourtant à aucun autre ; c'était un elfe noir, mais pourtant pas un drow : sa peau était brune comme la terre fertile de la grande vallée, ses lèvres épaisses, et une longue cascade de chaveux noirs tressés en petites nattes lui dévalait le dos.
- C'est que, bien sûr nous avons envoyé nombre de patrouilles là bas, mais... Seuls quelques hommes sont revenus, tout au plus, et en assez mauvais état.
Capricorn se tenait debout devant le bureau de chêne massif de son gardien, les sourcils froncés sur ses yeux verrains, l'un rouge sang et l'autre vert. De longs cheveux immaculés encadraient son pâle visage, contrastant étonnamment avec son costume noir dont le col était resserré d'une chaine d'argent, cachant ainsi son cou. Il était grand et maigre, presque inquiêtant, mais Adüstyo n'en était pas troublé, puiqu'il ne pouvait de toute façon pas le voir.
Celui-ci se redressa et appuya les coudes contre son bureau, se prenant le visage dans les mains.
- Et y a-t-il une solution à cela ? demanda-t-il en soupirant.
- Eh bien, je pense que nous devrions prendre des mesures sévères, à savoir réquisitionner les sorciers de la brigade pour "nettoyer" le secteur.
Adüstyo releva la tête et fit un signe de négation.
- Non, non ! On ne peut pas supprimer ainsi tous les démons de Pyrathia... Je ne m'abaisserai pas au génocide ! Il faut... Parlementer. A-t-on déja essayé de recevoir leur chef ?
- C'est qu'ils n'ont même pas de chefs désigné, répondit Capricorn d'une voix gênée. C'est l'anarchie, là bas. Ils marchent par clans rivaux qui se massacrent sans pitié si par malheur ils se croisent. Quiconque pose un pied dans les montagnes signe son arrêt de mort. De plus, vous connaissez la nature belliqueuse des démons... Vous ne pouvez leur apporter ce qu'ils veulent. Vous ne pouvez !
- Pourtant, je ne vois que cette solution. Après tout, ils ont aussi bien le droit que les elfes et les hommes de prétendre à...
- Vous n'y pensez pas ! le coupa le ministre. Les démons sont plus nombreux qu'on ne le croit, là bas. Ca serait une entrave à la démocratie. Si vous leur accordez le droit de vote, qui sait qui pourrait être élu, aux prochaines élections. de plus, Carlotta serait bien vite mise à sac. leur accorder des droits serait pure inconscience !
- Mais que faire ?
En effet, depuis le début de la démocratie, c'étaient les elfes et les hommes qui avaient pris le pouvoir et occupaient les places importantes dans l'assemblée de la Champre Pourpre, reléguant au second plan les autres races magiques, en particulier les démons auquels la loi n'accordait pas le moindre droit. Ils n'avaient en aucun cas l'accès à Carlotta, la capitale, ni même aux forêts féériques de l'Est telles que Taur Lesgalen ou Brocéliande -dans le cas de celle-ci, Morganne, la fée protectice, les massacraient à l'orée du bois. Retranchés à Pyrathia, les démons se regroupaient en clans pour semer le chaos sur leur passage, lançant même parfois des attentats terroristes contre certains bâtiments administratifs de Carlotta. Depuis quelques mois, il était devenu quasiment impossible de les controler, et nul n'osait renvoyer une patrouille de milice à Pyrathia sans risquer de déclancher une guerre civile. La population murmurait, et les gazettes affichaient de plus en plus souvent leur mécontentement quant aux actions des démons, accusant le gouvernement de rester les bras croisés à attendre que tous meurent.
Capricorn observa quelques instants en silence son Gardien pris au dépourvu, et finit par déclarer :
- Je vais convoquer une assemblée de la Chambre Pourpre pour voter demain la proposition du "nettoyage". Pourriez-vous y être présent à la troisème heure du matin ?
- J'y serai, répondit l'elfe d'une voix rauque
Adüstyo s'enfonça encore un peu plus dans son fauteuil et se massa les tempes pensivement. Le soleil se couchait à peine à l'horizon, et depuis la première heure du matin il avait enchaîné conseils sur assemblées, plus assomantes les unes que les autres. Mais être le gardien de Twotf impliquatait qu'il fallait savoir participer à la vie de l'Etat.
Le jeune elfe, du haut de ses cent-cinquante ans, entammait en effet son second mandat consécutif, ce qui faisait de lui le gardien pour encore trois années. Aurait-il pu déterminé si c'était la chance ou le destin qui l'avait voulu ? Simplement que le peuple Twotfien avait confiance en lui dans cette periode de trouble, ironie du sol pour une personne qui justement ne pouvait vivre complètement seule. En effet, Adüstyo avait été blessé lors d'un duel une quarantaine d'années de cela, et y avait perdu la vue, à son grand desespoir. Il avait failli y passer, mais s'était remis au bout de quelques mois, prêt à entammer une nouvelle vie. Avec les ans, ses autres sens, perfectionnés du fait de sa race, s'étaient encore aiguisés, et il était devenu un membre irremplacable pour les rebelles, qui avaient su transformer son hadicap en atout d'espionnage ; quelques années plus tard, le pouvoir fut renversé, et tomba avec lui la dernière des princesses de la lignée de Crystal, mettant ainsi un terme a plusieurs siècles de monarchie - certes pendant un temps constitutionelle. L'aire de la démocratie pouvait alors débuter à Twotf, et un nouvel élan d'éspoir avait soufflé sur la contrée. Yvan, le chef des rebelles de l'époque ayant mené la révolution, fut élu Gardien de Twotf, le plus haut poste du pouvoir. L'humain décéda de sa belle mort au cours de son troisième mandat, et Adüstyo fut élu à son tour. Les gens semblaient avoir foi en cet étrange elfe, qui ne ressemblait pourtant à aucun autre ; c'était un elfe noir, mais pourtant pas un drow : sa peau était brune comme la terre fertile de la grande vallée, ses lèvres épaisses, et une longue cascade de chaveux noirs tressés en petites nattes lui dévalait le dos.
- C'est que, bien sûr nous avons envoyé nombre de patrouilles là bas, mais... Seuls quelques hommes sont revenus, tout au plus, et en assez mauvais état.
Capricorn se tenait debout devant le bureau de chêne massif de son gardien, les sourcils froncés sur ses yeux verrains, l'un rouge sang et l'autre vert. De longs cheveux immaculés encadraient son pâle visage, contrastant étonnamment avec son costume noir dont le col était resserré d'une chaine d'argent, cachant ainsi son cou. Il était grand et maigre, presque inquiêtant, mais Adüstyo n'en était pas troublé, puiqu'il ne pouvait de toute façon pas le voir.
Celui-ci se redressa et appuya les coudes contre son bureau, se prenant le visage dans les mains.
- Et y a-t-il une solution à cela ? demanda-t-il en soupirant.
- Eh bien, je pense que nous devrions prendre des mesures sévères, à savoir réquisitionner les sorciers de la brigade pour "nettoyer" le secteur.
Adüstyo releva la tête et fit un signe de négation.
- Non, non ! On ne peut pas supprimer ainsi tous les démons de Pyrathia... Je ne m'abaisserai pas au génocide ! Il faut... Parlementer. A-t-on déja essayé de recevoir leur chef ?
- C'est qu'ils n'ont même pas de chefs désigné, répondit Capricorn d'une voix gênée. C'est l'anarchie, là bas. Ils marchent par clans rivaux qui se massacrent sans pitié si par malheur ils se croisent. Quiconque pose un pied dans les montagnes signe son arrêt de mort. De plus, vous connaissez la nature belliqueuse des démons... Vous ne pouvez leur apporter ce qu'ils veulent. Vous ne pouvez !
- Pourtant, je ne vois que cette solution. Après tout, ils ont aussi bien le droit que les elfes et les hommes de prétendre à...
- Vous n'y pensez pas ! le coupa le ministre. Les démons sont plus nombreux qu'on ne le croit, là bas. Ca serait une entrave à la démocratie. Si vous leur accordez le droit de vote, qui sait qui pourrait être élu, aux prochaines élections. de plus, Carlotta serait bien vite mise à sac. leur accorder des droits serait pure inconscience !
- Mais que faire ?
En effet, depuis le début de la démocratie, c'étaient les elfes et les hommes qui avaient pris le pouvoir et occupaient les places importantes dans l'assemblée de la Champre Pourpre, reléguant au second plan les autres races magiques, en particulier les démons auquels la loi n'accordait pas le moindre droit. Ils n'avaient en aucun cas l'accès à Carlotta, la capitale, ni même aux forêts féériques de l'Est telles que Taur Lesgalen ou Brocéliande -dans le cas de celle-ci, Morganne, la fée protectice, les massacraient à l'orée du bois. Retranchés à Pyrathia, les démons se regroupaient en clans pour semer le chaos sur leur passage, lançant même parfois des attentats terroristes contre certains bâtiments administratifs de Carlotta. Depuis quelques mois, il était devenu quasiment impossible de les controler, et nul n'osait renvoyer une patrouille de milice à Pyrathia sans risquer de déclancher une guerre civile. La population murmurait, et les gazettes affichaient de plus en plus souvent leur mécontentement quant aux actions des démons, accusant le gouvernement de rester les bras croisés à attendre que tous meurent.
Capricorn observa quelques instants en silence son Gardien pris au dépourvu, et finit par déclarer :
- Je vais convoquer une assemblée de la Chambre Pourpre pour voter demain la proposition du "nettoyage". Pourriez-vous y être présent à la troisème heure du matin ?
- J'y serai, répondit l'elfe d'une voix rauque
0 Comments:
Post a Comment
Subscribe to Post Comments [Atom]
<< Home